L'éloquence : être et avoir, quand l'authenticité transcende le paraître

Sophie Di Malta

10/30/20244 min read

L’éloquence véritable, une voix enracinée dans l'authenticité

La communication est omniprésente. Il faut savoir parler de soi, de sa marque, de son entreprise. C’est là qu’intervient l’éloquence : elle incarne le pouvoir de toucher, de convaincre, d’inspirer. Pourtant, une véritable éloquence ne se résume pas à un simple exercice de style ou de séduction verbale ; elle est le reflet d’une authenticité intérieure, celle de la personne qui s’exprime autant avec son être qu’avec ses mots. Avec son corps, avant le verbe. Une éloquence factice, superficielle, ne se base que sur le désir de plaire - à défaut, sur le fait de cacher sa vulnérabilité. Le vrai visage a ses masques de protection. Nathan Devers parle d'éloquence avec justesse dans son essai Penser contre soi-même (Albin Michel, 2024) :

« (…) l'éloquence n'est pas le drapeau de l'intelligence, mais son faire-valoir. Souvent son illusion et toujours son image. Son vernis séduisant et son costume social. Être éloquent = paraître profond. Mais cette nuance, de prime abord infime, dévoile un véritable gouffre : il est beaucoup plus difficile de devenir intelligent quand on donne l'impression de l'être déjà que quand on passe pour idiot. D'où il suit que la faconde est le pire des obstacles, celui qui se déguise en aptitude. »

Comment conjuguer éloquence et authenticité ? Comment faire en sorte que notre parole devienne une extension sincère de nous-mêmes, plutôt qu’un masque destiné à plaire ?

Un reflet de l’être : exprimer sa vérité intérieure

À la base de toute éloquence authentique, il y a une connexion profonde avec soi. Parler avec éloquence ne signifie pas uniquement de savoir structurer des arguments ou captiver une audience ; cela signifie d’abord exprimer une vérité intérieure. Une parole éloquente ne peut être puissante que si elle est enracinée dans une vision, une conviction, une réalité vécue. C’est pourquoi l’éloquence se forge par le cheminement vers une meilleure connaissance de soi. En apprenant à connaître nos valeurs, nos intentions et nos ressentis, nous nous offrons la possibilité de nous exprimer avec justesse. Chaque mot devient alors le prolongement de notre essence, ce qui rend notre discours crédible et impactant. À l'inverse, une parole déconnectée de son émetteur, malgré sa forme séduisante, reste vide de substance : elle convainc peut-être, mais elle ne transforme ni l’auditeur, ni celui qui parle.

Avoir de l’éloquence sans être dans le paraître, ou le piège de la séduction verbale

Dans le monde de l’argumentation, la maîtrise des mots peut rapidement devenir un outil de manipulation ou de séduction, servant à impressionner ou à influencer sans réelle sincérité. C’est ici que l’éloquence peut être galvaudée, en devenant un simple exercice de paraître, détaché de l’authenticité. Lorsque l’on s’efforce d’avoir de l’éloquence sans être aligné avec ce que l’on exprime, on construit une distance entre soi et son discours. Les auditeurs peuvent le sentir, car même les mots les plus habilement choisis peinent à masquer une intention dissimulée ou une absence de sincérité. Le corps ne ment pas, ni la voix : cela se sent, ça se capte dans le non-verbal. L’éloquence authentique ne cherche pas à plaire à tout prix, elle se concentre sur l’expression d’une vérité. Plutôt que de séduire, elle aspire à établir un lien véritable, à offrir quelque chose de soi, sans calcul ni artifice.

La force de la vulnérabilité : l’authenticité comme source de l’éloquence

Paradoxalement, c’est souvent dans la vulnérabilité que l’éloquence trouve sa plus grande puissance. Oser partager ses doutes, ses émotions ou ses erreurs donne à la parole une dimension humaine qui transcende l’artifice. Loin de nuire à l’éloquence, cette authenticité renforce la relation avec l’auditoire, qui peut s’identifier. Parler sans crainte de montrer ses fragilités permet de délivrer un message qui résonne en profondeur. Ainsi, un discours authentique n’est pas toujours parfait ou calculé : il peut comporter des silences, des hésitations et même des imperfections. Ce sont ces marques de sincérité qui invitent l’auditoire à se sentir impliqué, à percevoir l’humain derrière les mots. En parlant avec une telle vulnérabilité, on devient capable de toucher des vérités universelles qui éveillent autant qu’elles inspirent.

Conjuguer être et avoir : l’éloquence intégrée dans la personnalité

L’éloquence véritable est celle qui émane naturellement de l’être et non d’un exercice déconnecté de la personnalité de l’orateur. Cette éloquence n’a pas besoin de s’imposer, elle se manifeste dans le charisme, le calme, la justesse de la parole. Lorsqu’elle est intégrée, elle n’a rien de spectaculaire, elle est toutefois inoubliable par sa résonance et son impact. Une phrase sincère touchera bien plus qu’un long discours dissonant. En alliant être et avoir, l’éloquence devient une seconde nature, un prolongement de soi vers l’autre, créant un espace de connexion. Cela devient une qualité silencieuse et évidente, car elle incarne une forme de vérité qui ne se montre pas mais qui se ressent. Le travail du corps et de la voix en est l’accès le plus direct. Le mental n’a pas sa place ici, lui est là pour structurer le discours ; le corps en revanche, est l’impulsion de départ, qui passe ensuite par la voix, et enfin émet le message.

Un art d’être, un art de l’exprimer

L’éloquence authentique est plus qu’une qualité oratoire, c’est un alignement, un élan qui se conjugue avec l’être avant de s’exprimer par le verbe. En évitant le piège du paraître et en favorisant une parole sincère et incarnée, on donne à sa voix une force capable de transformer ceux qui la reçoivent autant que celui qui la porte. En somme, c’est un art d’être, une manière d’habiter pleinement sa parole et de l’offrir sans filtre ni faux-semblant. Et c’est dans cette qualité d’être, ce courage d’oser sa vérité, que se déploie une éloquence qui ne cherche pas à impressionner mais à révéler l’essentiel.

L’éloquence authentique, c’est une expérience de vérité.